Flatulences Altières : le cas des batteurs

Pendant très longtemps, il est apparu nécessaire, pour monter un groupe de rock (ou pour se produire sur scène, plus généralement), de disposer a minima d’un(e) bassiste et d’un batteur (il n’existe que très peu de batteuses, et c’est un honneur pour la gente féminine).

Le bassiste ne pose jamais de problèmes : il en existe deux types, présentant chacun des avantages certains :

  • Le bassiste qui ne sait pas jouer est en général beau et sexy, (très peu) attiré par cet instrument du fait qu’il a moins de cordes qu’une guitare et paraît dès lors plus simple à prendre en main. Ce type de bassistes ne s’offusquera pas que vous enregistriez les parties de basse à sa place, la solitude d’un studio lui pesant énormément. Sur scène, il jouera très peu de notes mais contribuera énormément à votre succès : Ne sachant généralement pas jouer les morceaux, il se contentera de taper dans ses mains pour attirer l’attention, de préférence de la gente féminine. Cela animera votre prestation et fera grandir votre public.
  • Le bassiste qui sait jouer est plus délicat à cerner : on comprend mal pourquoi il consacre son talent à cet instrument de second plan. Toujours est-il que son caractère est conforme à ce choix : il sera humble et timide. Parfait.

Pour ce qui est du batteur, par contre, le sujet est plus problématique. Déjà, wikipedia nous apprend que le dernier batteur sachant utiliser correctement son instrument est décédé le 16 octobre 1990. Il ne vous reste donc plus qu’à vous rabattre sur un individu incompétent. C’est déjà difficile à accepter, mais ça l’est encore plus lorsque l’on s’intéresse de plus près au caractère du batteur. On comprend dès lors bien mieux l’essor des musiques dites « électroniques » faisant appel exclusivement à des boites à rythme. Tout musicien ayant un jour tenté l’expérience du « groupe de rock » finit par apprécier l’électro. Les caractéristiques suivantes semblent correspondre à tous les individus :

  • Le batteur est fainéant : alors qu’un piano compte généralement 88 touches, donc autant de notes, une batterie permet uniquement de produire les sons suivants : poum, tchak, pschit et splash. On comprend dès lors mal pourquoi s’intéresser à ce type d’instruments. La fainéantise me semble l’explication la plus rationnelle.
  • Le batteur est bruyant : il compense la maigre tessiture de son instrument par une vélocité exacerbée, et cherche quoiqu’il arrive à taper le plus fort possible sur ses tambours. La force brute, qui vient à bout de toute intelligence. Le loup et l’agneau. Etc.
  • Le batteur prend beaucoup de place. Bien qu’il utilise durant 90% de son temps uniquement la grosse-caisse, la caisse-claire et la pédale charleston, il lui paraît nécessaire de s’entourer d’un minimum de 4-5 tambours qu’il n’utilise pour ainsi dire jamais, et d’autant de cymbales qu’on apprécie qu’il ne les utilise pas. C’est sa manière, primaire, d’occuper le territoire et de montrer son importance. Bien entendu, il vous laisse porter la grosse caisse lorsque vous vous produisez en concert. Lui ne s’occupe que de sa petite caisse claire car, comprenez-vous, elle est fragile.
  • Le batteur finit toujours par jouer faux : la justesse de son jeu étant limitée par sa force physique (d’autant qu’il joue toujours fort, rappelez-vous), les crampes musculaires finissent toujours – même s’il n’est pas trop mauvais – par avoir raison de lui. Bizarrement, il tente alors de masquer sa fatigue en utilisant davantage ses tambours (il dit qu’il fait des « roulements ») afin de masquer le fait qu’il n’arrive plus à tenir le rythme.
  • Lorsqu’il est épuisé – ou s’il est très mauvais même à jeun – il finit toujours par accuser le bassiste. Car le batteur sait que le bassiste est soit mauvais soit timide. Dans les deux cas il a donc raison de lui. Et de fait, pour ce faire, il arrête de jouer. Cela n’est pas forcément une mauvaise chose, mais c’est ennuyeux lorsque cela se passe entre deux couplets, en plein milieu de la chanson.

Ces remarques devraient donc vous permettre de mieux comprendre pourquoi Daft Punk a remporté un tel succès. Je les aime beaucoup.

Heureusement, il existe une solution : les batteries virtuelles. Ce sont des logiciels qui vous permettent de vous passer d’un batteur pour vos enregistrements. Ils coûtent une petite centaine d’euros, vite rentabilisés (sachant qu’un pack de 24 bières à 10 euros est nécessaire au batteur pour chaque répétition, faites le compte. Vous n’atteindrez pas le même résultat au bout de 10 répétitions…). On ne s’étonnera d’ailleurs pas que les simulations d’amplis pour guitariste, ou les synthétiseurs virtuels de qualité coûtent en général près du double. Etre guitariste nécessite du talent, plus difficile à reproduire de manière logicielle…

ezdrummer

Voilà donc toute la clé du succès des Cowboys Etanches : ils n’ont pas de batteur. Sur scène, ils sont accompagnée par mon épouse, qui joue de la batterie, ce qui est très différent. Sur disque, je défie 97,5% des batteurs réels d’arriver à un tel résultat, obtenue grâce au génie logiciel :

Je rajouterai qu’en plus, tous les logiciels que j’ai testés ont une qualité supplémentaire : ils ne simulent pas les hurlements du batteur (le fameux « un-deux, un-deux-trois-quatre ») en début de morceau. On n’arrête pas le progrès.

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